Cendresبقلم Nyx hemera فصل 2

Ce qui est on moi

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Dans les ruines d'une église, l'une des tours encore debout dominait les pierres effondrées.

Assis près d’une fenêtre brisée, Ash observait les derniers rayons du soleil glisser entre les nuages, s’attardant un peu.

Il tendit la main dans la lumière, paume ouverte, comme pour en retenir la chaleur.

Qui était cette femme ? pensa-t-il.

Des pas résonnèrent dans l’escalier en colimaçon.

La vieille porte grinça.

Alex entra, essoufflée.

— C’est dangereux, tu sais… dit-elle doucement. Les tours tiennent à peine debout.

Elle s’approcha et s’adossa au mur près de la fenêtre.

Ash ne répondit pas.

Le silence s’installa entre eux.

— Si tu n’as pas envie de parler… tu peux juste me dire de m’en aller, reprit-elle en le regardant de côté.

Il tourna enfin la tête vers elle.

— Et si je le dis… tu partirais vraiment ?

Alex haussa les épaules, un petit sourire aux lèvres.

— Bien sûr que non.

Puis elle ajouta, un peu inquiète, en penchant légèrement la tête :

— Ton œil… il va bien maintenant ? Depuis que tu as retiré le cache…

Ash rapprocha machinalement sa paume de son œil droit, comme par réflexe.

— Oui, ça va mieux.

Il détourna le regard, gêné.

Alex l’observa une seconde de plus, puis reprit doucement :

— À quoi tu penses ?

Depuis tout à l’heure… tu es bizarrement calme.

Ash soupira. Son regard glissa vers le vide en contrebas.

— À quoi je pense ?

Que ce monde est vraiment hideux.

Alex resta silencieuse un instant.

— Tu sais quoi ? dit-elle enfin, la voix plus douce. Si le monde est si affreux… alors on n'a qu'à le rendre meilleur, toi et moi.

La lumière du couchant éclairait son visage.

Ash la regarda, surpris malgré lui, puis détourna les yeux.

— Tu es naïve… murmura-t-il.

Elle lui donna un léger coup de coude.

— Comment ça, naïve ? J’essaie de te remonter le moral et toi tu—

Il se leva brusquement, coupant sa phrase, mais un sourire discret étirait ses lèvres.

— Tu es vraiment nulle pour ça. Arrête avant que ça devienne gênant.

Alex le frappa doucement dans le dos, faussement vexée.

— Méchant, méchant…

Sa voix s’éteignit doucement.

Par la fenêtre ouverte, la dernière lueur disparut derrière les ruines. La nuit tomba sur la tour, lourde et silencieuse.

La lune lavait le ciel d’une lumière pâle, mêlée aux lanternes qui éclairaient les rues.

Un brouhaha continu emplissait l’air, comme si le silence n’avait jamais existé en ce lieu.

Des étals chargés de marchandises bordaient les chemins envahis de passants.

Trois silhouettes traversaient la foule.

— On était vraiment obligés de l’emmener ? grommela Ash.

Devant lui, Alex tourna légèrement la tête.

— Bien sûr que oui.

Derrière eux, Nelly lança un regard noir à Ash. Leurs yeux s’accrochèrent, pleins de défi.

— Quand je ne suis pas avec vous, vous vous faites arnaquer à chaque fois, répliqua-t-elle d’un ton sévère.

Ils détournèrent tous les deux le regard.

— Tout ça, c’est la faute de Ash, lança Alex avec un sourire en coin.

Il la fixa, incrédule.

— Qu’est-ce que tu racontes…

— Forcément. Il a une tête à se faire pigeonner, coupa Nelly avec un sourire moqueur.

Ash se tourna vers elle, vexé.

— C’est qui le pigeon, gamine—

Le poing de Nelly atterrit dans son ventre, sec et précis.

Ash s’effondra à moitié, un genou à terre, les mains crispées sur son abdomen.

— Argh… t’aimes vraiment me taper, hein… ?

Les deux filles continuèrent d’avancer comme si de rien n’était.

Il se releva lentement, encore plié en deux, cherchant son souffle.

Soudain, une main froide saisit la sienne.

Il se retourna.

Une silhouette encapuchonnée le fixait.

— Qu’est-ce que tu as bien pu faire… ?

Derrière Ash, son ombre s’étirait démesurément, rampant sur les pavés bien plus loin que ne l’autorisait la lumière.

À l’intérieur, des formes indistinctes semblaient se tordre, s’agripper, comme des milliers de corps prisonniers.

L’air devint lourd. Étouffant.

Des voix entremêlées, déformées, murmuraient sans fin :

— C’est… ta faute…

— Dé… mon…

— Pour… quoi… ?

Le monde autour paraissait soudain très loin.

Si le monde est si hideux… à qui la faute ?

— Extrait de l’Éliode