Cendresبقلم Nyx hemera فصل 1

Est le début ou la fin ?

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L’odeur du sang frais et de la terre retournée lui prenait la gorge à chaque pas, au point qu’il avait l’impression d’étouffer. Des corps gisaient partout, jusqu’à un horizon qu’il ne distinguait presque plus. Sous ses bottes, quelque chose craquait sur ce tapis de chair et de métal tordu. Pourtant, il continuait d’avancer malgré les flèches plantées dans son armure noire et la douleur qui battait dans sa poitrine.

Il s’arrêta devant une immense porte.

Un corps était affaissé contre le bois, assis, la tête penchée. Le sang avait tout noyé, jusqu’aux mèches de ses cheveux.

C’était elle.

Ses jambes cédèrent et il tomba à genoux. Son casque glissa au sol dans un bruit sourd.

— Je… suis désolé…

Sa voix n’était plus qu’un souffle. Des larmes coulèrent sur ses joues tandis qu’il prenait sa main entre les siennes — déjà froide, déjà molle.

— Je n’ai pas su te protéger… murmura-t-il.

Avec précaution, il l’allongea doucement sur la terre. Puis il resta immobile quelques instants, sans un mot.

Quand il tenta de se relever, le monde vacilla. Il fit un pas… et cracha un filet de sang. Il s’essuya la bouche, reprit son souffle, puis posa la main contre la porte et la poussa lentement.

Elle s’ouvrit sur une obscurité profonde.

Il y entra sans hésiter.

La lumière revint d’un coup.

Un garçon se redressa au pied d’un arbre, le cœur battant, la main posée sur sa poitrine intacte.

Encore ce rêve…

— Qu’est-ce que c’est… murmura-t-il.

Le soleil couchant éclairait doucement les herbes autour de lui. Une brise légère passa sur son visage.

Soudain, une ombre coupa la lumière. Il leva les yeux.

Une fillette aux cheveux en bataille se tenait devant lui, les bras croisés.

— Tu dormais encore, marmotte.

Un léger sourire apparut sur ses lèvres.

Peu importe, pensa-t-il.

De toute façon… ça n’a pas d’importance. Pas encore.

La fillette lui tira brusquement les cheveux.

— On a bossé et toi tu faisais la marmotte !

Il attrapa ses poignets pour stopper la douleur.

— Aïe… arrête, ça fait mal ! grogna-t-il.

Elle tira encore, sans la moindre pitié.

— C’est le but, grogna-t-elle.

— Nelly, arrête de l’embêter deux minutes ? lança une autre fille en s’approchant, une corbeille calée contre la hanche.

Nelly desserra légèrement, juste assez pour qu’il respire, mais garda les doigts plantés dans ses cheveux.

— Il l’a mérité.

Il leva les yeux vers la nouvelle intruse, les doigts toujours serrés autour des poignets de Nelly.

— Alex… dis-lui d’arrêter, ça fait vraiment mal !

Alex laissa échapper un petit rire qu’elle tenta d’étouffer derrière sa main libre. Ses épaules tremblèrent légèrement.

Il lui lança un regard sombre, presque accusateur.

— En plus, ça te fait rire ?

Elle tenta de reprendre son sérieux, sans grand succès. Un sourire coinçait encore au coin de ses lèvres.

— On dirait deux gamins de six ans.

Nelly fronça les sourcils, vexée.

— Gamins ? J’ai dix ans et demie ! Vous vous croyez grands juste parce que vous avez deux ans de plus !

Alex ricana doucement, un son clair qui trancha l’air lourd de tension.

Nelly lâcha enfin ses cheveux d’un geste sec.

— J’aurais dû te les arracher, marmonna-t-elle en se frottant les mains comme pour se débarrasser de lui.

Il se redressa en se frottant le crâne, grimaçant.

— T’as vraiment un problème avec mes cheveux ou quoi ?

Alex lui attrapa le bras, doucement mais fermement.

— Viens, Ash. Les autres nous attendent.

Il fit un pas… et se figea.

Un froid glacé remonta le long de sa nuque, comme si quelqu’un avait posé une main morte sur sa peau.

Le bruit autour de lui sembla s’éloigner d’un coup : les rires étouffés, les pas dans la poussière, le vent dans les herbes — tout devint distant, étouffé, comme sous une cloche de verre.

Des images traversèrent son esprit, rapides et brutales.

Une femme en sang s’approchait, sourire figé sur des lèvres bleuies, mains rouges dégoulinantes.

Une voix rauque, presque étranglée :

— Tout… est de ta faute…

Il retint son souffle, les poumons bloqués.

— Tu penses… pouvoir sourire… après tout… ce que tu as fait…

La voix se déchira, avalée par un grondement sourd, engloutie par les ténèbres.

— Dé… mon…

La pire des punitions est celle dont on ignore la raison.

— Extrait de l’Éliode