La Douleur du mondeبقلم AL7R فصل 2

Une nuit sans joie

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Deux semaines s'étaient écoulées depuis ces événements.

Elle s'éveilla au bruit de coups frappés à la porte de sa chambre et d'une voix qui l'appelait avec empressement.

« Madame Layla... madame Layla »

Elle se leva précipitamment et courut vers la porte de la chambre pour l'ouvrir ; le visage de la servante Nagiya lui apparut et, dès qu'elle la vit, celle-ci s'écria avec empressement

« Bonjour, madame Layla... la grande maîtresse vous dit de descendre tout de suite... »

Elle s'approcha d'elle en chuchotant et en jetant autour d'elle des regards craintifs, puis poursuivit

« Il paraît que monsieur Jalal rentre de voyage aujourd'hui et c'est pour ça qu'elle vous veut »

« Mais par l'âme du cher disparu, je ne vous ai rien dit, c'est sûr qu'elle vous le dira elle-même »

Layla lui fit signe de la tête qu'elle avait compris tout en lui tapotant l'épaule avec tendresse, sachant à quel point les employés de la maison craignaient la dureté et la sévérité de la mère de son époux, et dit

« N'aie pas peur, Nagiya, c'est comme si je n'avais rien entendu, descends et dis-lui que je te suis tout de suite »

Nagiya s'empressa d'acquiescer d'un signe de tête et partit aussitôt ; Layla referma la porte, s'y adossa faiblement en poussant un profond soupir, tout son corps tremblait violemment tandis qu'elle se demandait en elle-même comment se passeraient ses retrouvailles avec lui et comment elle allait se comporter avec lui dans les jours à venir, car jusqu'à présent il restait pour elle comme un étranger ; depuis la nuit de leurs noces et ses paroles blessantes, et depuis qu'elle lui avait demandé de lui accorder un peu de temps, il se comportait comme si elle l'avait insulté ou avait commis l'impardonnable, l'ignorant la plupart du temps qu'ils passaient ensemble, qui était déjà bien court au départ, elle le voyait à peine quelques heures la nuit où il lui lançait un bonsoir puis se dirigeait vers le lit sans ajouter un mot, la laissant toute la journée à sa mère et à la femme de son oncle qui lui faisaient entendre leurs paroles empoisonnées sur ses absences répétées de la maison et sa fuite continuelle loin de son épouse, et encore hier lorsqu'elles s'étaient mises à échanger des clins d'œil moqueurs à propos de ce marié qui avait laissé une mariée qui n'avait pas encore achevé sa première semaine sous prétexte de voyage et d'affaires, s'absentant une semaine entière en supportant de rester loin d'elle tout ce temps, et elle savait maintenant qu'une autre leçon l'attendait ainsi que d'autres railleries et piques qui la brûlaient sans qu'elle ose prononcer un seul mot pour les faire taire, car celle qui a été vendue comme elle n'a droit à aucune réplique ni même à la moindre objection

Elle ferma les yeux en soupirant avec amertume et douleur avant de se diriger vers son armoire pour en sortir ce qu'elle allait porter pour la journée.

Et après plus d'une demi-heure, elle descendait lentement les marches jusqu'en bas, regarda autour d'elle et ne vit personne assis dans le hall de la maison, elle se dirigea donc à pas légers vers le salon où les membres de la famille se réunissaient aux heures de repos ; à peine s'en fut-elle approchée que la voix forte et tranchante de la mère de son époux parvint à ses oreilles, s'écriant avec dépit

« Ç'a été un jour noir que celui où elle est entrée dans notre maison... depuis qu'il l'a épousée, il a laissé ses affaires et ses biens et reste loin des bras de sa mère »

Elle se figea sur place, ayant compris qui était visée par ces propos, et recula d'un pas tandis qu'elle entendait la voix de la femme de son oncle qui disait avec sarcasme et rancœur

« Et pourquoi, ce n'est pas elle qu'il a prise en la préférant à ma fille, la plus belle des filles, qui depuis ce jour a quitté la maison et reste chez ses oncles maternels après qu'il lui a brisé le cœur et l'âme »

Qadriya s'empressa de s'écrier avec une assurance malveillante

« Mais non, j'ai déjà envoyé quelqu'un la chercher chez ses oncles maternels, ce n'est pas convenable non plus qu'elle reste là-bas tout ce temps »

Zahia feignit la gêne et la peine en murmurant

« Elle viendrait faire quoi, Hajja, tu veux qu'elle voie l'amour de sa vie dans les bras d'une autre... vous voulez la briser, mère de Jalal »

Qadriya s'écria aussitôt

« Briser qui, espèce d'idiote, par ta vie qui m'est chère, Jalal est à Salma et Salma est à Jalal et tu sais que la parole de Qadriya ne tombe jamais »

Zahia s'approcha d'elle avec empressement en s'écriant

« C'est vrai ce que tu dis là, Qadriya... et alors, la nouvelle mariée, la mijaurée, elle en est où »

Qadriya sourit, les yeux brillants de malice, en lançant avec dérision

« De qui tu parles, Layla la vieille fille... non, ma chérie, quoi qu'il arrive ce n'est qu'un mariage d'intérêt qui ne durera jamais et que je ne considérerai jamais comme la femme de mon fils »

Elle s'approcha de Zahia et lui tapota légèrement la main en lançant avec enjouement

« Et puis tu sais bien qui le cœur de Jalal désire, on ne va pas le répéter »

Zahia soupira en disant avec sécheresse

« Je sais, mère de Jalal, mais désolée, celle que tu traites de vieille fille, c'est elle qui est devenue la femme de ton fils et qu'on le veuille ou non, c'est sa femme, Qadriya »

Qadriya se renfonça dans son siège, le visage congestionné, en s'écriant avec violence

« Et je sais ce que je te dis et je sais ce qu'il y a dans la tête de mon fils, toute l'histoire c'est deux ou trois mois, on récupère la terre, disons un an au plus, et elle retournera chez son père, et demain tu diras : Qadriya l'avait dit »

Ici, Layla ne put rester debout à en écouter davantage, tout s'était éclairci devant elle et elle comprit à présent pourquoi on l'ignorait et la traitait avec sécheresse dans cette maison, et de sa part à lui aussi, que son séjour ici fût court ou long, elle partirait inévitablement, alors pourquoi se chargerait-il d'essayer de satisfaire une épouse qui ne valait à ses yeux qu'une signature au bas d'un acte de vente

Elle se hâta de courir en remontant l'escalier de nouveau vers sa chambre, y entra en refermant la porte derrière elle avec force, s'y adossa faiblement avant que ses jambes ne flanchent et elle s'assit à même le sol, le regard fixe devant elle, avec des yeux qui ne voyaient rien sinon une noirceur qui désormais l'entourait de toutes parts

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Dans la maison de la famille al-Maghrabi

Cheikh Jad était assis, le visage renfrogné, les sourcils froncés avec sévérité, devant son fils aîné Alwan qui se mit à s'écrier avec prière et supplication

« Papa, pardonnez-lui et cela lui suffit comme ça... voilà quatre ans qu'il a quitté sa maison et sa famille et ce qui lui est arrivé lui suffit »

« Ne suffit-il pas que vous lui ayez pris la fille de son oncle et que vous l'ayez mariée à un autre que lui »

Cheikh Jad se tourna vers lui, les yeux lançant des étincelles de colère, en s'écriant

« Tu me dis ça à moi, Alwan !... C'est moi qui lui ai pris Layla ou c'est son inconduite, sa débauche et sa mauvaise conduite »

Il frappa fort sur le pommeau de sa canne, poursuivant avec rancœur et aversion

« Et pour finir il s'est fait arrêter dans un appartement suspect avec de la drogue et si nous n'avions pas rattrapé l'affaire à temps, nous aurions été déshonorés au village et notre réputation serait sur toutes les langues... et comment voulais-tu qu'après cela je lui confie Layla et que je la lui donne en mariage »

Il se leva de sa place en frappant le sol de sa canne avec force, ce qui fit sursauter Alwan et rendit son visage très pâle tandis qu'il le voyait s'avancer vers lui à pas imposants, s'arrêtant devant lui, crachant entre ses dents tandis qu'il le regardait avec des yeux qui malgré le temps écoulé portaient encore une force et une fermeté qui terrifiaient son fils et le faisaient ruisseler de sueur, en disant avec froideur

« Non, tu ne t'es pas contenté, toi et ton fils, de ce qui est arrivé et sache ensuite ce que tu faisais toi depuis que Ragheb a rompu ses fiançailles avec la fille de son oncle. Depuis plus de quatre ans tu fais fuir chaque prétendant qui s'approche d'elle »

Il poursuivit avec incrédulité et perplexité

« Et moi je me disais pourquoi, cette fille est belle et de bonne famille, pourquoi personne ne vient frapper à notre porte pour la demander, alors que celles qui sont plus jeunes qu'elle se sont mariées et ont eu non pas un petit enfant mais deux et elle reste là et les années passent pour elle jusqu'à ce que tout le monde finisse par l'appeler la vieille fille derrière notre dos et devant nous, et voilà que son oncle jouait un jeu sordide pour son fils voyou »

Alwan tenta d'ouvrir la bouche pour nier les propos de son père, mais un geste de la paume de son père lui intima de se taire, alors il baissa la tête vers le sol, tendu, tandis que Cheikh Jad poursuivait avec âpreté et sévérité

« Que croyais-tu, que tu me tordais le bras, Alwan, et que tu me ferais regretter pour me pousser à revenir sur ma décision et à la lui donner en mariage ? »

« La fille de ton frère t'a si peu compté que tu la laisses toutes ces années avec son sort bloqué à cause de ton fils »

Le ton de sa voix changea en douleur et en regret, disant avec accablement

« T'a-t-elle si peu compté quand par tes agissements tu m'as contraint à la proposer comme une marchandise pour réussir à la marier après que tu as bloqué son sort »

Il le quitta en se dirigeant de nouveau vers son siège pour s'y asseoir avec abattement et faiblesse, et Alwan se précipita vers lui en lui baisant la main, disant avec regret et désolation

« Vous avez raison contre moi, papa... pardonnez-moi, mon seul but était que Layla n'aille à personne d'autre qu'au fils de son oncle, c'est lui qui a le plus de droit sur elle qu'un étranger »

Un sourire amer se dessina sur les lèvres de Cheikh Jad, murmurant avec douleur et accablement

« Et par tes agissements tu m'as amené de mes propres mains à la donner à l'étranger et qui sait ce que seront ses jours à venir. »

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Elle descendit l'escalier le visage sans expression, montrant du calme dans chacun de ses mouvements comme si elle ne venait pas de verser des larmes et dans un état à fendre le cœur, criant et déplorant son sort sans voix à l'intérieur de sa chambre jusqu'à ce que ses yeux se vident de leurs larmes et qu'elle s'effondre à même le sol, sentant l'épuisement ramper dans son corps et l'épuiser

Mais à présent elle se tenait avec fierté et dignité tandis qu'elle se tenait devant la mère de son époux qui l'interpella avec une ironie acerbe alors qu'elle était assise dans le hall de la maison sur un canapé que partageaient avec elle sa fille Habiba et Zahia la femme de l'oncle, chacune d'un côté

« Il est encore tôt, madame, tu aurais pu rester en haut encore un peu »

Layla ne lui répondit pas, mais resta debout à la regarder avec des yeux vitreux vides d'émotion, si bien que Qadriya ressentit de l'irritation et s'écria à son adresse

« Qu'est-ce que tu as à rester plantée à me regarder comme ça ? Et qu'est-ce que tu portes là, tu te prends vraiment pour une mariée pour de vrai, vas-y ma belle, change cette abaya et mets quelque chose qui convient pour travailler à la cuisine »

Ici le masque se fissura sur le visage de Layla, l'humiliation et la colère y apparurent, elle s'apprêtait à lui répondre quand Habiba s'écria aussitôt en l'interrompant avec nervosité par peur que l'atmosphère ne s'enflamme

« C'est que Jalal ne va pas tarder à arriver, lui et mon oncle et Fawaz, et il faut que le déjeuner soit prêt... allez, Layla, je viens avec toi voir où ils en sont pour le déjeuner »

Elle se leva rapidement, lui saisit la main et se dirigea avec elle vers les portes de la cuisine, disparut derrière elles en emmenant Layla, tandis que Qadriya s’écriait avec dédain et d’un air renfrogné en s’adressant à Zahia, assise à observer ce qui se passait avec un sourire narquois et un visage rayonnant de joie

« Elle me joue la mariée, la fille des Maghrabi. À peine est-il resté une semaine avec elle qu’il a fui son visage, pauvre chéri à sa mère »

Zahia lui tapota la main avec enthousiasme en disant :

« Bien joué, Qadriya, c’est ça qu’il faut faire, il faut qu’elle sache quelle est sa place ici et à qui revient le dernier mot, dès le début comme ça »

Qadriya tordit les lèvres, la rancœur s’exhalant d’entre elles

« Bien sûr, et tu croyais quoi, par l’âme du cher disparu qui est parti le cœur brisé, je ne m’appellerais plus Qadriya si je ne déversais pas sur elle, la fille des Maghrabi, toute ma rancœur et toute la douleur que m’ont causée les siens »

Zahia, l’air sombre et inquiète,

« Mais vous croyez qu’elle va se taire et ne rien dire à Jalal, alors on l’aura bien cherché et il va nous rendre la vie infernale à cause d’elle »

Qadriya sourit avec perfidie, d’un sourire plein de malignité, et dit :

« Et même si elle parle, ce sera ma parole contre la sienne et on verra bien qui il croira. Sa mère chérie ou la fille de ceux qui ont causé la mort de son père »

Zahia, elle aussi avec perfidie et malignité,

« Ça, ce serait si Jalal tenait sa famille pour responsable de ce qui est arrivé à son père… il sait très bien ce qui s’est passé à l’époque »

Qadriya se leva avec violence en s’écriant d’une voix débordant de colère :

« Zahia, arrête d’en rajouter et clos la discussion sur ce sujet, et va appeler ta mijaurée de fille et dis-lui de se tenir tranquille elle aussi quand Jalal et son père iront la chercher chez ses oncles maternels »

Zahia se leva d’un bond en s’écriant avec joie et allégresse :

« C’est vrai ce que tu dis, Qadriya, Jalal lui-même va aller la chercher »

Qadriya sourit avec assurance et dit :

« Bien sûr, c’est moi qui lui ai demandé de prendre son oncle et d’aller la chercher et ils sont sur le chemin du retour »

Zahia faillit crier de joie tandis qu’elle s’emparait de son téléphone posé sur la table et en pressait les touches avec empressement et bonheur, ce qui fit naître un sourire de triomphe sur les lèvres de Qadriya qui suivit pendant quelques instants la conversation de la mère et de sa fille avant de lui arracher le téléphone d’entre les doigts avec violence après avoir remarqué la réticence de la jeune fille, pour lui donner ses ordres d’une voix qui n’admettait aucune discussion.

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Jalal entra, Salma à ses côtés, à pas rapides dans le hall de la maison et s’arrêta devant sa mère et la femme de son oncle assises en train de bavarder, il les salua de sa voix grave et calme et Qadriya se leva avec joie et bonheur

« Dieu merci tu es rentré sain et sauf, mon chéri, tu m’as tellement manqué, mon trésor »

Jalal s'approcha d'elle, se pencha sur sa tête et l'embrassa avec tendresse en disant :

« Que Dieu vous garde, maman... vous m'avez manqué vous aussi »

Puis il leva les yeux vers la femme de son oncle pour la saluer, elle qui était assise à côté de sa fille silencieuse et morose, et elle embrassa sa fille avec tendresse avant de lui rendre son salut.

Jalal promena son regard dans la pièce d'un air interrogateur puis dit calmement :

« Où sont Layla et Habiba, je ne les vois pas ? »

Les visages des trois femmes s'assombrirent dès qu'il eut prononcé le nom de Layla, Qadriya lui répondit avec indifférence :

« À l'intérieur, dans la cuisine, elles s'occupent du déjeuner. »

Jalal se leva et Qadriya lui demanda avec dureté et nervosité :

« Où vas-tu... reste assis, je vais les appeler pour qu'elles viennent. »

Jalal sourit avec compréhension en disant :

« Je vais au bureau voir un peu de travail qui m'attend et quand le déjeuner sera prêt, prévenez-moi. »

Puis il s'éloigna, Qadriya sourit avec triomphe, se tourna vers Zahia et lui fit un clin d'œil avec malice en disant :

« Tu as vu. Je ne t'avais pas dit que mes paroles ne se trompent jamais ? »

Zahia, les yeux brillants de joie :

« Vous avez raison, mère de Jalal, vraiment on dirait qu'elle ne va pas faire long feu. »

Salma tourna la tête entre elles, perplexe, avant de demander avec agacement :

« De quoi vous parlez, expliquez-moi... et puis pourquoi vous m'avez fait revenir ici, je ne supporte ni la maison ni ceux qui y sont ? »

Zahia la frappa fort sur l'épaule en s'écriant avec dureté :

« Tiens-toi bien et surveille ta langue qui va te causer ta perte ! »

Salma, indignée, tout en se frottant l'épaule avec douleur :

« Mon Dieu maman, pourquoi vous me frappez... je n'ai rien dit de mal. »

Qadriya se tourna vers elle en disant avec empressement :

« Laisse tomber ça et dis-moi, de quoi avez-vous parlé, toi et Jalal, en route ? »

Salma pinça les lèvres en disant avec dépit :

« On n'a rien dit, j'étais assise à l'arrière et papa et monsieur ton fils étaient devant et ils n'ont parlé que de travail. »

Qadriya, déçue :

« Ce n'est pas grave, l'important c'est qu'il soit allé te chercher et pour le reste je m'en charge. »

Salma, regardant sa mère avec perplexité, puis se tournant vers la femme de son oncle, lui demanda :

« De quoi vous parlez, je ne comprends rien ? »

Qadriya plissa les yeux en disant d'un air pensif :

« Je vais t'expliquer maintenant mais je veux qu'ensuite tu exécutes mes paroles à la lettre. »

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Salma se tenait appuyée de l'épaule contre l'encadrement de la porte, observant avec rancœur et jalousie celle qui, debout, supervisait le travail des servantes avec attention et autorité, avant de se redresser et de s'écrier avec une joie feinte :

« Habiba... tu m'as manqué, belle-sœur, nos discussions m'ont manqué. »

Au son de sa voix forte, tous ceux qui se trouvaient là se retournèrent pour observer son élan vers Habiba, un sourire feint se dessinant sur ses lèvres tandis qu'elle la serrait contre elle, puis Habiba lui demanda avec étonnement :

« Salma... ! Dieu merci te voilà saine et sauve, tu es arrivée quand ? »

Salma recula en disant, tandis que ses yeux suivaient Layla qui la détaillait lentement de la tête aux pieds :

« Je viens juste d'arriver. Avec... Jalal. »

Elle traîna les lettres de ses derniers mots avec jubilation, et Habiba s'écria avec étonnement :

« Jalal en personne ! Ce n'est pas possible ! »

Salma se tourna aussitôt vers elle, les yeux chargés de méchanceté, et lança :

« Et pourquoi ce ne serait pas possible, Habiba ? »

Puis elle se tourna vers Layla, qui s'était remise à superviser le travail, mais la raideur de son corps se devinait dans son dos tandis qu'elle écoutait Salma poursuivre avec vantardise et arrogance :

« Il n'a même pas arrêté de me supplier très, très longtemps pour que je revienne et j'étais bien décidée à refuser, mais que veux-tu, je ne sais rien lui refuser, surtout quand il me conjure au nom de ce que sa vie représente pour moi. »

Alors Layla ne put rester à écouter la suite de leur conversation et se précipita vers la porte en murmurant une rapide excuse :

Habiba l'appela avec insistance, mais elle ignora l'appel et sortit aussitôt ; Habiba se tourna alors vers Salma qui souriait avec satisfaction et malice :

« Qu'est-ce que tu as raconté là, Salma, tu ne fais pas attention à ce que tu dis ? »

Salma haussa les épaules avec indifférence et dit d'un air faussement innocent :

« Qu'est-ce que j'ai dit, moi... Et puis je n'ai rien dit qui ne soit pas arrivé, et puis elle doit bien savoir ce qu'il en est, alors qu'elle arrête son petit cinéma. »

Habiba soupira, désemparée, en murmurant :

« Vraiment, je ne sais plus d'où elle va les encaisser... Et elle a l'air d'une gentille fille qui n'a rien à voir avec tout ça. »

Puis elle se détourna pour reprendre son travail, ignorant Salma qui restait là à sourire avec triomphe avant de repartir à son tour pour rapporter ce qui venait de se passer à ceux qui attendaient ses nouvelles avec impatience.

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Quelques heures plus tard, Jalal entra doucement dans la suite conjugale, les yeux à sa recherche ; depuis son arrivée, il ne l'avait pas vue et avait appris par sa mère qu'elle avait refusé de descendre déjeuner avec eux, ce qui l'avait quelque peu contrarié, car il avait pensé qu'elle l'attendrait à son arrivée en apprenant sa venue ou qu'il la trouverait à table à l'heure du déjeuner à l'attendre.

Elle avait même refusé de répondre à son invitation à venir manger, transmise par l'une des employées de la maison, en prétextant sa fatigue, et sa mère lui avait alors tenu un long discours où elle se plaignait de son caractère et de ses manières, de la façon dont elle prenait de haut tous ceux qui vivaient dans la maison, passait le plus clair de son temps enfermée dans leur chambre et ne cherchait pas à se mêler à eux, lui demandant de prendre à son égard une mesure ferme qui mette fin à cette attitude hautaine.

Il souffla avec force en tentant de s'apaiser et se retourna vers la salle de bain dont il vit la porte s'ouvrir ; elle en émergea et tout en lui se figea, hormis ses yeux qui se mirent à la parcourir lentement, avec insistance, tandis qu'il la voyait envelopper son petit corps dans une serviette bleue qui lui arrivait à peine aux genoux, ses bras nus levés au-dessus de sa tête, toute concentrée à sécher ses cheveux mouillés aux mèches bouclées, sans rien savoir de sa présence ni de la chaleur de son corps qui montait jusqu'à le brûler ; il restait immobile à la dévorer des yeux pendant plusieurs secondes, une voix intérieure lui soufflant de s'avancer vers elle pour l'enlever entre ses bras et sentir la douceur et la souplesse de son corps contre le sien, mais il se retint en se réprimandant avec force, secouant violemment la tête pour chasser ces pensées, puis il se racla doucement la gorge, juste assez pour la faire sursauter dans un hoquet de frayeur et lâcher la serviette qu'elle tenait, qui tomba à terre, ses yeux s'écarquillant, troublés, tandis qu'il s'approchait d'elle à pas lents, les lèvres plissées en un faible sourire, et s'arrêtait devant elle, les yeux glissant lentement sur son visage avec attention ; son sourire s'élargit lorsqu'il vit sa respiration s'accélérer au mouvement de sa poitrine qui se soulevait et s'abaissait, visible à ses yeux par-dessus la serviette, et il resta un instant à l'observer, puis son regard changea soudain pour devenir opaque, énigmatique à ses yeux ; elle rougit de confusion en le voyant se pencher à ses pieds pour ramasser sa serviette tombée au sol, puis se redresser et la regarder de nouveau, mais cette fois avec des yeux brillant avec intensité qui la clouèrent sur place par leur force, si bien qu'elle ne trouva pas la force de s'écarter en le voyant lever ses doigts tenant la serviette et la passer avec douceur sur sa peau nue pour y recueillir les gouttes qui tombaient de ses cheveux et glissaient vers sa poitrine, sa propre respiration s'accélérant tandis qu'il lui demandait d'une voix haletante, les yeux suivant le trajet de ses doigts tremblants sur sa peau :

« Pourquoi tu n'es pas descendue déjeuner, Layla ? »

Sa voix s'était faite plus basse en prononçant son prénom ; il laissa tomber la serviette de sa main, mais ses doigts restèrent sur sa peau à l'effleurer avec douceur, ses paupières s'abaissant comme un voile sur ses yeux pour lui en dérober le regard tandis qu'il poursuivait avec douceur :

« Tu ne devrais pas être là à accueillir ton mari après qu'il est resté loin de toi tout ce temps ? »

Layla avala sa salive avec difficulté, forçant ses pieds cloués au sol à reculer hors de portée de sa main, disant d'une voix tremblante :

« Je me sentais un peu fatiguée et je n'ai pas pu descendre. »

Ses yeux parcoururent lentement son visage tandis qu'il disait avec calme :

« Et cette fatigue, vous l'avez tout le temps pour vous faire rester ainsi dans votre chambre sans arrêt ? »

L'étonnement se peignit sur son visage, elle ne saisissait pas où il voulait en venir et lui demanda avec perplexité et incompréhension :

« Je ne comprends pas ce que vous voulez dire ? »

Jalal s'éloigna d'elle en lui tournant le dos, se dirigea calmement vers le lit, s'y assit tout en déboutonnant sa chemise, devenu froid, disant d'un visage sans expression :

« Comme j'ai appris que vous restez tout le temps dans votre chambre, que vous n'en sortez pas et que vous vous tenez à l'écart de tous ceux qui sont dans la maison... alors si vous êtes fatiguée comme vous le dites, on va aller voir le médecin pour voir ce que vous avez et que cela se soigne. »

Elle resta debout à écouter ses paroles, le visage de plus en plus pâle, sachant très bien d'où lui venaient ces informations, et cela lui serra le cœur qu'il tienne ces propos à son sujet pour acquis sans même prendre la peine de la questionner ; aussi n'essaya-t-elle pas de changer l'idée qu'il se faisait d'elle et lui répondit avec raideur :

« Non, ne vous dérangez pas, je vais aller bien et à partir de demain je serai

en bas avec tout le monde. »

Jalal se leva, ôta sa chemise en la jetant sur le lit et se tint devant elle le torse nu, sans s'en soucier ; elle le voyait pour la première fois dans cette tenue, ce qui provoqua son trouble et fit monter à son visage une rougeur qui l'embrasa intensément, car bien qu'une période se fût écoulée depuis leur mariage, il avait jusque-là respecté les limites de leur relation sans jamais les franchir.

Elle le regarda s'approcher d'elle de nouveau avec tension et appréhension jusqu'à ce qu'il s'arrêtât devant elle, la frôlant presque, murmurant, ses doigts jouant avec le nœud de sa serviette, lui demandant à voix basse :

« Bon, et maintenant vous êtes encore fatiguée ? »

Elle ne s'en rendit compte que lorsqu'elle hocha la tête en signe d'assentiment, alors ses traits se firent déçus et il souffla avec force en disant :

« Très bien... alors repose-toi et dors, moi je vais prendre un bain et quand tu te réveilleras je veux te parler de quelque chose. »

Layla dit rapidement, l'arrêtant alors qu'il se dirigeait vers la salle de bain, avec empressement et curiosité :

« On peut parler maintenant et je me reposerai après. »

Jalal fronça les sourcils avec étonnement, ce qui la fit rougir de honte, et elle poursuivit rapidement en bégayant :

« Moi... mm... je... je peux t'attendre jusqu'à ce que tu finisses ton bain et on parlera si tu veux. »

Jalal haussa les épaules avec indifférence en disant :

« Comme tu veux... quelques minutes et je te reviens. »

Puis il se dirigea vers la salle de bain et y disparut pendant plusieurs minutes durant lesquelles Layla s'assit sur le lit, agitant ses pieds avec nervosité et tension en attendant qu'il en ressorte, après avoir enfilé des vêtements d'intérieur confortables mais assez pudiques, car elle ne pouvait pas se comporter avec lui avec autant d'aisance que lui le faisait, elle avait failli mourir de honte en le voyant dans cet état il y a un instant.

Jalal sortit au bout d'un moment de la salle de bain, une serviette enroulée autour de la taille et rien d'autre, ce qui fit déferler rapidement des vagues de honte sur son visage, attisant son embrasement et accroissant sa tension, si bien qu'elle baissa les yeux au sol loin de lui tout en se tordant les doigts de honte et de trouble, le sentant se diriger vers son armoire pour en sortir des vêtements, entendant le froissement des habits tandis qu'il s'habillait, avec sa voix qui lui parlait avec ironie en disant :

« J'ai oublié d'emporter de quoi m'habiller... tu peux relever ton visage si tu veux, c'est bon. »

Elle releva lentement son visage pour le regarder mais s'empressa de le baisser de nouveau lorsqu'elle le vit ne porter qu'un short court, se tenant devant elle le torse nu et le buste puissant, sa respiration se faisant plus saccadée tandis qu'elle sentait ses pas s'approcher d'elle, sursautant à sa place lorsqu'il s'assit à côté d'elle sur le lit, glissant sa main sous son menton pour relever ses yeux vers lui avec douceur en murmurant :

« On n'est pas censés essayer de nous habituer l'un à l'autre ? »

Ses yeux se troublèrent devant les siens et son regard sur elle, elle hocha lentement la tête en signe d'assentiment, avec gêne, et il poursuivit d'une voix douce et tendre comme s'il s'adressait à une petite fille apeurée devant lui :

« Alors pourquoi chaque fois que je m'approche de toi ton corps sursaute de peur comme ça ? Je t'ai dit que jamais je ne te forcerai à quoi que ce soit. »

Layla passa le bout de sa langue sur ses lèvres pour tenter d'en apaiser la sécheresse avant de lui répondre, mais elle s'interrompit brusquement en tremblant violemment lorsqu'elle le vit expirer avec force, sa respiration s'accélérant tandis qu'il observait le mouvement de sa langue sur ses lèvres, et elle tenta plusieurs fois de parler tandis qu'il la suivait des paupières mi-closes dissimulant l'embrasement de ses yeux, jusqu'à ce qu'elle parvînt enfin à murmurer d'une voix tremblante et douce en tentant de détourner le cours de leur conversation :

« Tu... tu disais que tu voulais me parler de quelque chose. »

Jalal se mit à la regarder en l'examinant, promenant son regard sur ses traits avec attention pendant plusieurs instants qui la firent s'agiter sur sa place avant qu'il ne dise en murmurant avec douceur :

« Je propose qu'on remette notre discussion à plus tard et viens, reposons-nous un peu car je rentre de voyage très fatigué et j'ai envie de dormir. »

Il se leva en lui tendant la main et elle releva son visage vers lui, la peur se lisant clairement dans ses yeux, alors il lui sourit d’un sourire apaisant en disant :

« N’aie pas peur, crois-moi, on va seulement dormir… et je trouve que ça suffit de dormir loin de moi, désormais nous allons essayer de nous habituer à être ensemble. »

Elle comprit avec gêne son allusion à son sommeil depuis la nuit de leurs noces sur le canapé où elle s’était obstinée à dormir sans qu’il n’ait alors tenté de la faire changer d’avis, la laissant faire ce qui la mettait à l’aise.

Elle lui tendit la main, se leva lentement de sa place et se tint face à lui, alors Jalal lui sourit avec douceur, avança les doigts pour jouer avec ses mèches ébouriffées pendant quelques instants avant de lui parler d’une voix calme mais non dénuée de gravité en disant :

« Tu sais, tes cheveux sont vraiment très beaux et je suis content que tu les laisses au naturel… mais j’ai une demande à te faire… »

Elle le regarda avec nervosité et interrogation et il poursuivit, tout en continuant à jouer avec ses mèches, le regard fixé sur ses doigts qui glissaient entre elles et suivant comme ensorcelé l’éclat de la lumière sur elles, murmurant avec admiration mais d’une voix où perçaient l’insistance et l’avertissement :

« que tant que nous serons seuls tous les deux, je veux que tu laisses tes cheveux comme ça

hors de cette chambre, non, pas même devant les femmes de la maison, tu comprends, Layla ? »

Layla fronça fortement les sourcils, ses paroles appuyant sur son ancien complexe lié à ses cheveux et ravivant en elle son manque de confiance en elle, persuadée qu’il avait honte que quelqu’un découvre la nature de ses cheveux, si bien qu’elle s’empressa de répondre d’un ton brusque, sec et sombre :

« Ne t’inquiète pas, je n’ai jamais l’habitude de me montrer sans mon voile devant personne. »

Jalal hocha la tête d’un air approbateur puis se dirigea vers le lit et se tint devant le côté qui lui était réservé en l’attendant, elle se déplaça alors d’un corps raide et nerveux vers l’autre côté et s’y allongea rapidement en lui tournant le dos, puis elle sentit le matelas accueillir son poids, retenant son souffle et tremblant fortement lorsqu’elle le sentit bouger de sa place pour se rapprocher d’elle et l’enlacer de ses bras, elle sentit la chaleur de son corps lui parvenir tandis qu’il la serrait contre sa poitrine en la collant à lui sans laisser de place même pour que l’air passe entre eux, il l’embrassa avec douceur sur la joue et son tremblement s’accentua quand il murmura contre elle, son souffle chaud effleurant sa peau :

« C’est mieux comme ça… allez, dors, Layla. »

Il resserra son étreinte autour d’elle et elle resta le corps fortement raidi entre ses bras pendant des instants qui lui parurent une éternité jusqu’à ce qu’elle sente enfin sa respiration se ralentir et s’approfondir, comprenant qu’il avait sombré dans le sommeil, elle permit enfin à son corps de se détendre avec un sourire heureux sur les lèvres, ferma doucement les yeux en laissant le sommeil se glisser en elle, ignorant tout ce qu’elle avait traversé ou appris aujourd’hui, ne souhaitant pas un seul instant penser à ce que lui réservaient les jours à venir, il lui suffisait de ce qu’elle ressentait à présent entre ses bras, de chaleur et d’apaisement.