La Douleur du mondeبقلم AL7R فصل 1

Le piège de la terre et du mariage

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Dans la grande salle de réception de la maison de l'une des plus grandes familles du village, la famille al-Maghrabi

La séance était présidée par Cheikh Jad al-Maghrabi, avec sa prestance et ses plus de soixante-dix ans, appuyé sur sa canne, et à ses côtés son fils aîné Alwan et son petit-fils Saad

En face d'eux se tenaient les membres de l'autre famille rivale en prestige et en richesse, la famille al-Saoui

Représentée par son chef Jalal al-Saoui, à la haute et élancée stature et aux traits séduisants mais empreints d'une dureté et d'une rigueur qui dépassaient ses trente ans passés, ornés d'une barbe d'un noir profond comme ses cheveux et de ses yeux dorés et perçants, fixés avec calme tandis qu'il parcourait les visages des personnes assises après leur avoir présenté sa demande ; à ses côtés se tenait son oncle Sabri. Un silence pesant régnait sur la séance et emplissait les lieux dans l'attente de la réponse de Cheikh Jad al-Maghrabi à la demande de la famille al-Saoui, lorsque Cheikh Jad s'assit, les deux mains appuyées sur sa canne, le regard baissé, pensif, mais la réponse vint d'une voix tranchante et hautaine de son fils aîné Alwan qui lança :

« — Ta demande est refusée, fils d'al-Saoui, notre terre n'est pas à vendre, même si tu en offrais dix fois ce que tu as proposé. »

Jalal fronça fortement ses sourcils d'un noir intense avant de faire un signe du coin de l'œil à son oncle, dont le corps s'était tendu, prêt à lui répondre avec véhémence et dureté, mais le signe de Jalal lui intimant le silence enchaîna sa réplique cinglante avant qu'elle ne fût prononcée ; il souffla avec irritation, le visage plein de colère, serrant fortement les lèvres, tandis qu'il voyait Jalal se tourner de nouveau vers Cheikh Jad al-Maghrabi pour s'adresser à lui, ignorant Alwan totalement et délibérément, et disant d'une voix calme mais non dénuée de fermeté :

« — Qu'en dites-vous, Hagg Jad ? J'aimerais entendre votre réponse. »

Cette fois, Alwan se leva d'un bond, furieux que Jalal l'ignore délibérément, et dit avec colère :

« — Qu'est-ce qui te prend, fils d'al-Saoui, tu n'as pas entendu la réponse ou tu veux… »

La voix de son père le coupa en lui criant avec sévérité :

« — Alwan… Ce n'est pas ainsi qu'on parle. »

Alwan se tourna vers son père et dit avec dépit :

« — Et comment alors, mon père, vous ne voyez pas de vos propres yeux comment il parle ? »

Jad secoua la tête en lui faisant signe de s'asseoir et dit avec une gravité qui n'admettait aucune discussion :

« — Assieds-toi, Alwan, et parlons raisonnablement. »

Alwan se rassit violemment à sa place en soufflant de colère, le visage irrité, puis le calme revint pour quelques instants avant que Jad ne dise d'une voix calme en s'adressant à Jalal, assis avec aisance et calme sur son siège :

« — Écoute, mon fils, comme l'a dit Alwan, mon fils, nous ne vendons pas notre terre, même pour tous les trésors du monde, même si nous devions en mourir. La terre c'est l'honneur, et tu comprends bien ce que je veux dire et tu sais ce que signifie pour un homme de céder sa terre. »

Le visage de Jalal se crispa, le sens caché des paroles de Jad ne lui échappait pas, mais il s'empressa de rabattre un voile de froideur sur son visage.

Il se leva, aussitôt suivi par son oncle, et dit avec calme :

« — Très bien, Hagg Jad, votre réponse m'est parvenue. Mais j'aurais souhaité qu'elle fût autre, d'autant que la terre que je demande est à l'origine une terre des Saoui. »

Cheikh Jad al-Maghrabi sourit à son tour avec calme en faisant signe à Jalal de s'asseoir et dit :

« — Assieds-toi, Jalal, mon fils, je n'ai pas encore fini de parler et ma réponse à ta demande n'a pas encore été donnée. »

Jalal fronça fortement les sourcils en regardant Jad al-Maghrabi d'un air pensif, ils échangèrent des regards avec assurance pendant quelques instants avant qu'il ne se rasseye, puis Jad poursuivit d'une voix calme aux intonations claires :

« — Vois-tu, mon fils, comme je l'ai dit tout à l'heure, notre terre n'est pas à vendre, même au prix de nos vies, mais… »

Il coupa soudain ses paroles en baissant les yeux un instant durant lequel la tension envahit les lieux, avant de relever la tête en dirigeant son regard vers Jalal avec fermeté et de reprendre avec une lenteur assurée :

« — Mais nous pouvons l'offrir à notre fille quand elle viendra à se marier, et elle sera alors libre d'en faire ce qu'elle voudra… la garder à son nom… l'écrire au nom de ses enfants… ou même l'écrire au nom de son mari, nous ne pourrons rien y redire ni nous y opposer. »

L'atmosphère se tendit dès que Jad eut prononcé ces mots, tous les regards se tournèrent vers lui avec choc et stupeur, mais il ne détourna pas les yeux de ceux de Jalal qui lui rendit son regard avec fermeté, jusqu'à ce que le cri indigné d'Alwan retentît et fît trembler les lieux, hurlant avec colère et fureur :

« — Que dites-vous, mon père, alors nous avons refusé de lui donner la terre… et en plus nous lui donnerions une de nos filles par-dessus le marché ! »

Jad tourna son visage vers son fils en grinçant des dents et dit avec dureté d'une voix basse :

« — Reste à ta place et tais-toi, et si mes paroles ne te plaisent pas, sors d'ici immédiatement. »

Le visage d'Alwan pâlit fortement, il avala sa salive lentement et avec gêne avant de baisser la tête et de se rasseoir à sa place sans prononcer un seul mot, puis Jad se tourna de nouveau vers Jalal et le regarda, l'échange silencieux de leurs regards reprit pendant quelques instants, après quoi Jalal dit avec calme et sérieux :

« — Hagg Jad, ce serait un honneur pour moi de demander la main de votre petite-fille. »

Jad sourit lentement, les yeux brillants de joie, et dit avec bonheur :

« — Cette demande m'honore, et je l'accepte. »

⭐ ⭐ ⭐

« — Qu'est-ce que tu racontes, Jalal, quelle fille des Maghrabi tu vas épouser ? Et moi alors ? »

Salma, la fille de son oncle, hurla ces mots puis se jeta dans les bras de sa mère en pleurant avec amertume et douleur, par de hauts sanglots auxquels se mêla le cri de sa mère qui lança avec âpreté :

« — Ça ne peut jamais arriver, à la fin des temps les filles des Maghrabi habiteraient chez nous... Ce ne sont pas eux qui ont fait que ton père a perdu son argent et son commerce et qu'il a vendu la terre à cause d'eux ? »

Jalal coupa court à tout ce qui se disait d'une voix ferme et dure en disant :

« — Ça ne sert à rien de dire ça, maman, vous savez très bien pourquoi la terre a été vendue et pour quoi... Et nous avons déjà fait la lecture de la Fatiha, et la signature de l'acte de mariage et la nuit de noces sont dans un mois. »

Les sanglots en pleurs de Salma s'élevèrent davantage dès qu'il eut fini de parler, et Zahia, sa mère, se tourna vers son mari et son fils assis avec morosité et en silence depuis le début de la conversation, en disant avec stupeur et âpreté :

« — Et toi, ce qui s'est passé et ces paroles te plaisent, Sabri, et tu es d'accord ? »

Sa réponse lui parvint alors qu'il baissait le visage en disant d'un air renfrogné :

« — Ce que Jalal a fait, c'est ce qu'il fallait, sinon la terre ne nous serait jamais revenue. »

Salma releva la tête de la poitrine de sa mère en hurlant avec rage :

« — Que la terre brûle avec celui qui la veut... »

Alors Hajja Rajia, leur grand-mère, releva la tête avec vivacité en criant de colère après être restée assise à suivre ce qui se passait en silence et avec attention :

« — Quelle terre qui brûle, fille de Sabri ? Cette terre, c'est elle qui t'a donné, à toi et aux tiens, la valeur et le prestige dont tu te pavanes, toi et ta mère, devant tout le monde, et si Jalal n'avait pas pu récupérer ce qui était perdu, vous n'auriez jamais eu ni valeur ni prix parmi les gens. »

Jalal s'approcha d'elle, tapota sa main, attira sa tête vers lui et embrassa son front avec tendresse en disant :

« — Calme-toi, grand-mère, elle ne voulait sûrement rien dire de mal avec ses paroles. »

Salma hurla avec une colère aveugle en frappant le sol de ses pieds :

« — Si, je le pense... Et je le redis une deuxième et une troisième fois, que la terre brûle avec celui qui la veut ! »

Puis elle se précipita en courant vers l'escalier qu'elle monta rapidement avec ses sanglots bruyants, suivie par sa mère qui l'appelait avec anxiété et affolement, et le silence régna sur les lieux après son départ orageux, jusqu'à ce que Hajja Rajia dise au bout d'un moment d'une voix basse :

« — Tu vois ce que dit ta fille, Sabri ? »

Sabri se hâta de se pencher sur sa main pour l'embrasser avec tendresse en disant à voix basse et avec regret :

« — Pardonnez-moi, maman, mais enfin c'est une petite jeune fille qui ne comprend pas ce qui s'est passé et qui a du mal à connaître la valeur de la terre et ce qu'elle vaut. »

Rajia hocha la tête en signe d'approbation avant de se tourner vers Jalal, posant sa main ridée sur sa joue qu'elle caressa avec tendresse en disant :

« — Tu as raison, Sabri, ce n'est pas n'importe qui qui connaît la valeur de la terre et son prix. »

Jalal baisa l'intérieur de sa main avec délicatesse et elle lui sourit avec une tendresse qui irradia de tous ses traits, mais l'interruption de Qadriya vint briser cet instant lorsqu'elle demanda d'un air morose et d'une voix où perçait son refus de ce qui se passait :

« — Et dis-moi, tu as fait la lecture de la Fatiha avec laquelle des filles des Maghrabi... D'après ce que je sais, ils n'ont pas de filles à marier à part... »

Elle coupa ses mots, la stupeur et le choc se peignant sur son visage quand Sabri lui fit signe de la tête par l'affirmative en lui répondant avec crainte tout en jetant à Jalal un regard inquiet en disant :

« — Jalal a fait la lecture de la Fatiha de l'aînée, ô mère de Jalal. »

Qadriya, les yeux enflammés avec violence, sa voix manquant de fendre le ciel tant elle s'indignait :

« — De qui tu parles... Tu parles de Layla qui était la fiancée de Ragheb ? »

« — Tu veux dire la vieille fille que personne n'a plus regardée depuis que son fiancé l'a quittée, elle va devenir la femme de mon fils à moi... Elle va devenir la femme de votre chef ? »

Elle se leva en hurlant, se frappant la tête de ses deux mains avec hystérie en disant :

« — Quelle malchance tu as avec ton fils, Qadriya... Voilà que Jalal, le chef de la famille al-Saoui, aurait pour lot la vieille fille... Quelle malchance tu as, Qadriya ! »

Jalal se leva, lança avec fermeté et d'une voix qui n'admettait pas la réplique, et tout le monde savait qu'aucune parole ne se disait après la sienne quand il usait de ce ton, si bien que Qadriya se tut aussitôt quand sa voix retentit en disant :

« — Nous en avons fini, maman, de parler de ce sujet, et Layla, quel que soit son nom, à partir de maintenant elle est comptée parmi la famille al-Saoui et elle sera la femme de son chef, et rien ne changera ce que je dis. »

⭐ ⭐ ⭐

« — Tu ne veux toujours pas arrêter de pleurer, Layla ? »

Layla tourna son visage vers sa sœur avec ses yeux gonflés à force d'avoir pleuré depuis que son grand-père lui avait annoncé avec concision la nouvelle de son mariage, pour apprendre ensuite mot pour mot ce qui s'était passé et comment cette demande en mariage avait été faite, se sentant brisée et humiliée tandis qu'elle se demandait avec douleur si elle en était arrivée à ce point qu'on la propose de cette façon à ce prétendant, si sa situation était devenue à ce point misérable aux yeux de son grand-père pour qu'il lui offre cette terre en échange de son renoncement et de son mariage avec elle.

Ses larmes tombèrent en abondance et en silence sur sa joue, elle se détourna de nouveau vers la fenêtre qu'elle contempla encore avec une tristesse à lui fendre le cœur, alors sa sœur Shorouq soupira avec compassion en s'asseyant à côté d'elle, la regarda quelques instants avant de dire à voix basse et avec douceur :

« — Accepte, Layla, et donne ton accord. »

Layla la regarda, les yeux malheureux, avec stupeur. Shorouq lui fit un signe de tête en disant avec tendresse :

« — Oui, accepte et vis ta vie, qui sait, tu trouveras peut-être dans la maison de la famille al-Saoui de quoi te consoler de tout ce qui t'est arrivé. »

Layla ferma les yeux avec douleur, ses larmes tombaient avec amertume tandis qu'elle murmurait :

« — Et qu'est-ce que j'espère trouver là-bas après qu'ils m'ont prise en prime, Shorouq... Layla la vieille fille comme tout le village l'appelle, que trouvera-t-elle dans la maison de la famille al-Saoui sinon humiliation et avilissement après que son grand-père l'a bradée pour rien. »

Shorouq s'empressa de prendre son visage entre ses mains, leva ses yeux vers elle et s'écria avec empressement et tendresse :

« — Grand-père ne t'a pas bradée, Layla, grand-père a cherché ton intérêt, ou tu voulais passer toute ta vie à entendre les paroles de ceux qui nous entourent, qui sont comme du poison, et à mourir chaque jour à petit feu sous leurs insinuations et leurs railleries ? »

« — Réfléchis, Layla, et tu comprendras que grand-père n'a fait que ce qui était dans ton intérêt. »

Layla se jeta dans ses bras, pleurant avec amertume et parlant par mots entrecoupés qui sortaient avec peine de sa bouche, avec douleur :

« — Ce n'est pas de ma faute, Shorouq, j'ai l'impression d'être comme celle qu'on a fait passer de la maison au feu et je n'arrive plus à distinguer ce qui est bien de ce qui est mal. »

Shorouq lui tapota le dos en disant avec tendresse :

« — Crois-moi, Layla, n'importe quel prétendant sera mieux que ton cousin, quel que soit son caractère, et mon cœur me dit que demain sera meilleur et que Dieu te compensera par tout le bien. »

⭐ ⭐ ⭐

Et la voilà assise dans sa robe de mariée à l'intérieur de cette suite conjugale qui lui avait été réservée avec son époux dans la maison de la famille al-Saoui, elle ressentait de l'appréhension et les battements de son cœur s'accéléraient au point de lui boucher les oreilles, tandis que sa mère s'était assise à côté d'elle sur le lit, lui souriant avec tendresse et murmurant avec douceur et assurance :

« — N'aie pas peur, cœur de ta mère, ne te préoccupe de rien... »

Elle s'empressa de poursuivre avec empressement, tentant de lui insuffler davantage d'apaisement :

« — Tu sais, mon cœur me dit que Jalal al-Saoui est bon et qu'il a le cœur tendre, tout le contraire de ce qu'on dit et de ce qu'on entend sur lui. »

La pâleur gagna son visage tandis qu'elle regardait sa mère en tremblant sous l'effet de ses paroles qui, loin d'apaiser ses craintes, avaient accru son appréhension et sa peur davantage, alors Shorouq s'empressa de s'écrier en plaisantant pour tenter de rattraper la situation :

« — Vous avez vu comment la femme de mon oncle est restée assise pendant toute la fête, j'avais l'impression qu'elle allait exploser sur place de rage. »

Layla se tourna vers elle et murmura en tremblant :

« — Ce n'était pas seulement la femme de ton oncle qui allait exploser, Shorouq, tu n'as pas vu comment les femmes de la famille al-Saoui étaient assises ni ce qu'elles ont fait quand il est entré avec grand-père, pas une d'entre elles n'a prononcé un mot pendant toute la fête, comme si elles étaient venues à des condoléances et non à une fête. »

Shorouq la serra contre elle en murmurant avec tendresse :

« — Laisse-les et ne sois pas triste, si Dieu le veut avec le temps tout va s'arranger, c'est seulement la rapidité avec laquelle le mariage s'est fait qui a mis tout le monde sous tension et à cran. »

Layla leva ses yeux brillants de larmes, consciente que rien de ce qu'elle disait n'était vrai et que les femmes de la famille al-Saoui refusaient cette union avec force, ce qu'elle avait compris dès l'instant où elles s'étaient abstenues de lui rendre visite ou de prendre de ses nouvelles tout au long des fiançailles et de ne suivre aucune des traditions convenues durant cette période, l'ignorant totalement comme si elle n'avait aucune existence dans leur vie, même lui, elle ne l'avait vu qu'une seule fois, lorsqu'il avait passé sa bague autour de son doigt avec rapidité et de manière expéditive sans lui adresser un seul mot, pas même des félicitations, puis il était ressorti aussitôt avec son grand-père et elle ne l'avait plus revu depuis jusqu'à ce jour.

La porte s'ouvrit soudain, la mère de son époux, Hajja Qadriya, y apparut dans ses vêtements drapés de noir et ses yeux soulignés de khôl aux regards perçants, s'écriant avec raideur et froideur :

« — Vous vous attardez beaucoup dans cette réunion... Le marié attend depuis longtemps dehors et veut rejoindre sa promise, ou quel est votre avis ? »

La mère de Layla se leva précipitamment en s'écriant avec gêne et confusion :

« — Non, c'est bon, nous allions partir depuis longtemps. »

Puis elle s'empressa d'embrasser rapidement sa fille, suivie par Shorouq qui murmura à Zina avec dépit et irritation :

« — Ta belle-mère est à étrangler, mais bon, je vais la laisser passer pour toi... » Elle l'embrassa sur la joue et poursuivit avec tendresse :

« — Je vais y aller et je t'appellerai pour prendre de tes nouvelles. »

Puis elle se mit en mouvement pour rejoindre sa mère, quittant la pièce sous les regards de Qadriya pendant quelques instants avant que celle-ci ne se tourne vers Layla qui se tenait debout sur des jambes tremblantes et dont les battements de cœur s'élevaient avec force, la détaillant de haut en bas en tordant ses lèvres sur le côté et en émettant un bruit entre elles signe de sa désapprobation, puis elle sortit en claquant la porte derrière elle avec force, Layla retomba assise sur le lit, abattue, les larmes jaillissant de ses yeux et inondant ses joues, mais elle s'empressa de les essuyer avec violence en maudissant sa chance et en murmurant avec douleur :

« — Ça vous plaît ainsi, grand-père... Vous vous êtes réjoui de vous être débarrassé de Layla la vieille fille avec ce mariage. Vous avez été soulagé quand vous m'avez jetée au milieu d'un feu dont je ne distingue ni le début ni la fin. »

Elle releva le visage, la terreur se dessinant sur ses traits, quand la porte s'ouvrit de nouveau, elle fixa celui qui arrivait à présent et qui n'était autre que son époux attendu, se tenant debout de toute son immense stature, son corps solide et ses larges épaules, quant à son visage il était pour elle comme une page blanche où n'apparaissait aucun sentiment ni aucune expression, jusque dans ses yeux dorés qui la détaillèrent lentement et avec insistance, ce qui la fit baisser le visage, gênée devant lui, tremblante de crainte tandis qu'elle entendait le bruit de la porte qu'il refermait et ses pas qui s'approchaient d'elle avec calme jusqu'à ce qu'il se tînt juste devant elle, alors ses yeux fixèrent ses chaussures luisantes pendant des instants où le silence régna entre eux, elle n'entendait à travers lui rien d'autre que les battements de son cœur qui faillirent lui assourdir les oreilles dans l'attente d'un geste de sa part, mais elle le vit se déplacer de nouveau en s'éloignant d'elle vers l'autre côté, puis sa voix forte et ferme lui parvint, disant :

« — Allez vous changer dans la salle de bain et je vous attendrai ici parce que parce que j'ai deux mots à vous dire. »

Elle leva rapidement les yeux dans la direction de sa voix, interdite, mais elle s'empressa de les baisser de nouveau en hochant la tête en signe d'accord, ramassant sa robe autour d'elle d'une main et de l'autre tenant une chemise de couleur blanche qui avait été posée sur le lit, puis elle se dirigea vers l'unique porte qui se trouvait à l'intérieur de la chambre à l'exception de la porte d'entrée, l'ouvrit lentement, entra à l'intérieur puis en referma la porte derrière elle avec douceur.

⭐ ⭐ ⭐

Elle passa beaucoup de temps à l'intérieur de la salle de bain jusqu'à ce qu'elle parvînt à s'occuper de la fermeture éclair de sa robe et à s'en débarrasser, puis elle resta à se regarder dans le miroir accroché, sentant le serrement lui emplir la gorge tandis qu'elle détaillait son corps à la taille relativement petite dessiné à l'intérieur de cette chemise et par-dessus un peignoir du même ensemble, qui malgré sa décence convenable lui donna pourtant l'impression qu'il ne lui allait pas, ni lui ni ses cheveux ébouriffés épars autour de son visage rond de couleur brun foncé assortie à ses yeux, elle se maudit mille fois d'avoir refusé que Shorouq les lui lisse pour en dompter la folie, prétextant qu'elle voulait qu'il la voie sans aucune tentative de sa part pour s'embellir ou cacher ce qu'elle avait toujours considéré comme l'un de ses défauts qu'elle avait toujours détesté, elle sourit avec ironie à l'enthousiasme de Shorouq à ce moment-là de les lui laisser tels quels en lui disant comme elle le faisait toujours que c'était l'une de ces choses qui la rendaient singulière et qui la faisait ressembler à une sirène aux cheveux de bohémienne, elle savait bien ce qu'elle tentait de faire pour lui redonner confiance en elle et y parvenait alors, mais à présent tandis qu'elle se regardait dans le miroir elle se sentait sans assurance et inquiète de sa décision.

Elle souffla en fermant les yeux, tentant de chasser ces larmes qui se pressaient pour sortir de leur prison, tentant de respirer lentement à plusieurs reprises, puis elle s'avança pour ouvrir la porte lentement, en sortant à pieds nus et tremblants, levant les yeux à la recherche de l'endroit où il se trouvait, alors elle le vit assis sur le canapé de couleur bleue, ayant changé ses vêtements pour une tenue d'intérieur confortable, devant lui le plateau de nourriture destiné à la nuit de noces, il observait son avancée vers lui avec calme et un visage vide d'expression, puis il lui parla d'une voix indifférente tout en désignant le plateau :

« — Venez dîner d'abord et ensuite nous parlerons. »

Elle secoua la tête en signe de refus en murmurant d'une voix tremblante et à peine audible :

« — Je ne veux pas... je n'ai pas faim. »

Jalal hocha la tête d'un air compréhensif avant de dire d'une voix aux intonations claires :

« — Bien, venez, je voudrais vous dire deux mots. »

Elle se dirigea vers le fauteuil à côté du canapé tandis qu'elle le voyait assis à son aise dessus et que les traits de son visage restaient toujours aussi indéchiffrables, il l'attendait pour qu'elle s'asseye, alors elle s'empressa de s'asseoir en ramenant les pans de sa tenue autour d'elle, puis le silence régna un instant avant que Jalal ne dise d'une voix pratique et grave :

« — Écoutez-moi bien, Layla, et j'espère que vous comprendrez ce que je veux vous dire. »

Elle gardait la tête baissée vers le sol, se tordant les doigts avec nervosité tandis qu'elle écoutait sa voix grave avec un frisson qui s'emparait d'elle alors qu'il poursuivait avec calme :

« — Voyez-vous, fille de bonne famille, j'aime que notre vie soit dès le début au clair... je ne vais pas vous mentir en vous disant que je m'y connais en amour et en sentiments, ces futilités, nous ne sommes pas des enfants tous les deux et nous savons pourquoi et pour quoi notre mariage a eu lieu... vous êtes ma femme et vous avez auprès de moi votre respect et votre considération, mais au-delà je ne peux vous promettre quelque chose qui n'arrivera jamais, alors j'aimerais que vous compreniez bien mes paroles pour qu'ensuite nous n'ayons pas à revenir dessus, à répéter et à attendre quelque chose qui n'arrivera pas. »

Elle sentit le voile des larmes couvrir de nouveau ses yeux mais cette fois accompagné d'un serrement qui faillit l'étouffer, pourtant elle tenta de se ressaisir tandis qu'elle l'entendait se déplacer de sa place en s'approchant d'elle, poursuivant et le ton de sa voix se faisant plus doux comme s'il avait perçu la dureté de ses paroles précédentes sur elle.

= « — Je sais que mes paroles ne viennent ni au bon moment ni au bon endroit, mais j'ai voulu que tout entre nous soit au clair dès le début pour que nous puissions poursuivre la suite sans que l'un de nous attende de l'autre ce qu'il ne pourra pas faire... vous comprenez ce que je dis, Layla ? »

= Il attendit sa réponse mais elle ne put faire sortir un seul son d'entre ses lèvres et tout ce qu'elle put faire fut de hocher lentement la tête en signe d'assentiment tandis qu'elle gardait encore la tête baissée, cachant sous ses mèches rebelles à ses yeux ses traits douloureux, elle sursauta violemment quand elle sentit ses doigts la ramener derrière son oreille en murmurant d'un ton apaisé :

= « — Je savais que vous sauriez me comprendre et à propos de la terre... »

= Elle déglutit en coupant ses paroles, comprenant bien où il voulait en venir, ne voulant pas qu'il ajoute encore à l'humiliation et à l'avilissement en lui rappelant la raison pour laquelle il l'avait choisie comme épouse, murmurant d'une voix faible qui sortit avec peine d'entre ses lèvres :

= « — Je sais tout à ce sujet, mon grand-père me l'a dit et je suis prête à m'exécuter à tout moment que vous fixerez. »

= Jalal sourit avec douceur en disant, tandis que ses doigts jouaient encore avec ses mèches :

= « — Très bien, parfait alors... et puisque nous nous sommes mis d'accord sur tout, vous préférez dîner d'abord ou aller dormir directement ? »

= À sa mention du sommeil et sans s'en rendre compte, elle se dressa d'un bond, confuse, disant d'une voix rauque et bégayante tant sa peur était grande :

= « — J'aurais... une requête à vous faire, si vous pouviez... si vous vouliez bien l'accepter... »

= Jalal, avec calme, observant son état troublé avec compassion :

= « — Dites-moi, Layla, si je le peux, je ne tarderai pas à le faire... »

= Elle se rassit, se frottant les paumes avec nervosité, ne sachant comment lui dire ce qui lui traversait l'esprit, car elle ne pensait pas pouvoir se comporter avec lui comme une mariée ordinaire et heureuse après ce qu'il venait de lui dire et ce qu'il avait éclairci, ce qui lui avait fait comprendre sa véritable valeur à ses yeux et qu'elle n'avait été qu'un moyen pour lui d'accéder à la terre de sa famille et il avait tenté de l'en avertir dès leur première nuit ensemble, aussi prit-elle son courage en disant à voix basse, les mots bégayants :

= « — Comme vous... vous me l'avez dit tout à l'heure... à propos de... de notre mariage et de ses circonstances... »

= « — Je... je voulais... si... c'est possible... si c'est possible, que j'aie un peu de temps... pour pouvoir m'habituer... à vous... avant, enfin... enfin... »

= Jalal expira avec force, reculant lentement, l'observant avec attention et réflexion tandis qu'elle restait assise, tremblante sur son siège, attendant sa réponse à sa demande, jusqu'à ce que sa réponse lui parvienne après un long silence durant lequel ses nerfs faillirent craquer, avant qu'il ne dise avec calme et d'un ton dénué d'émotion :

= « — Très bien, Layla, j'ai compris ce que vous voulez dire... et je n'y vois aucune objection... et je veux que vous compreniez que jamais je ne vous forcerai à faire quelque chose que vous ne voulez pas. »

= Puis il poursuivit en se levant de sa place, se dirigeant vers le lit où il s'allongea, éteignant les lumières sans un mot de plus de sa part, pour qu'une obscurité diffuse envahisse la pièce, quant à elle, elle resta assise à sa place, sentant la culpabilité la ronger comme si c'était elle qui l'avait offensé et non lui quand il avait brisé ses espoirs comme toute jeune fille le soir de ses noces attend de son époux qu'il lui dise de quoi la rassurer sur l'avenir de leur vie commune, et non un refus catégorique de sa part lui annonçant qu'elle n'attende pas de lui qu'il l'aime un jour comme si c'était un impossible qui ne pourrait jamais se réaliser.

= Mais elle ne lui en voulait pas, son reproche et sa douleur retombaient sur les épaules de son grand-père, c'était lui seul qu'elle blâmait pour tout ce qui lui arrivait, car il lui aurait été plus supportable de vivre toute sa vie en portant le surnom de la vieille fille comme il leur plaisait de l'appeler que de vivre cet instant de douleur tandis qu'elle écoutait son époux lui dire ce qu'il venait de lui dire, brisant tous ses espoirs d'aimer et de s'éprendre comme les filles de son âge, pour se débarrasser de sa vieille fille prétendue aux yeux de sa famille...

= Elle soupira avec douleur, laissant pour la première fois libre cours à ces larmes prisonnières, enfin libérées de leur geôle, pleurant en silence et dans la souffrance, déclarant le deuil d'une joie qui ne lui avait jamais été et ne lui serait jamais écrite.

⭐ ⭐ ⭐ ⭐

= Elle se réveilla au bruit de coups forts frappés à la porte de leur chambre et quand elle voulut se lever, elle le vit se précipiter vers la porte, l'entrouvrant d'une fine fente, alors lui parvenait la voix de sa mère qui lui demandait avec empressement :

=

= « — Alors, mon chéri... tout va bien ? »

= Elle fit suivre ses mots tout en essayant de glisser la tête par l'entrebâillement de la porte, mais la voix sévère de Jalal l'arrêta en disant :

= « — Bonjour, mère... de quelles nouvelles voulez-vous parler ? »

= Qadriya, avec rudesse et nervosité :

= « — Jalal... tu sais très bien ce que je veux dire, alors pas de faux-fuyants. »

= Jalal tourna la tête vers Layla, assise à présent, qui suivait ce qui se passait avec appréhension, avant de sortir par la porte qu'il referma doucement derrière lui, puis il se tourna vers sa mère qui se tenait debout, le regard empli d'impatience et de curiosité, pour lui parler avec calme mais d'un ton ferme qui n'admettait pas la discussion :

= « — Je comprends très bien ce que vous voulez dire, mère, et parce que je comprends, je vous dis, sans vous vexer, que je ne veux pas qu'on parle de ce sujet. »

= Son ton se fit avertissement et gravité sévère tandis qu'il poursuivait et que les yeux de sa mère s'écarquillaient de stupeur à chaque mot qu'il prononçait :

= « — Ce sujet est une affaire entre ma femme et moi et ne regarde personne d'autre que nous, même vous, mère. »

La déception monta sur le visage de Qadriya qui dit avec une tristesse feinte, espérant peut-être le faire changer d'avis :

= « — C'est comme ça, Jalal, tu veux cacher des choses à ta mère... Et si je veux savoir, ce n'est pas pour que mon cœur soit rassuré ? »

Jalal soupira fortement puis dit ensuite avec pondération et calme :

= « — Et moi je vous dis de vous rassurer, mère, et je pense que ma parole devrait vous suffire. »

Qadriya tenta de le dépasser pour essayer d'entrer dans la chambre.

= « — Alors je vais me rassurer par moi-même et en même temps dire bonjour à la mariée. »

Jalal tonna d'une voix forte, à bout de patience :

= « — Mère... nous avons clos la discussion sur ce sujet. Et pour la mariée, elle dort encore, quand elle se réveillera je descendrai avec elle jusqu'à vous. »

Les yeux de Qadriya s'enflammèrent de colère qu'elle ne put laisser éclater ni exprimer d'un seul mot de toutes les injures qui lui traversaient l'esprit à l'égard de cette mariée et de ce qu'elle représentait pour elle, aussi dit-elle avec des mots qui sortirent avec peine de sa bouche, en tentant de feindre l'approbation pour essayer de faire passer la chose :

= « — C'est bien, mon chéri, comme tu voudras... je vais descendre vous préparer le petit déjeuner et l'envoyer avec la petite Nagiya et vous, restez à votre aise. »

Jalal hocha la tête en signe d'accord puis entra de nouveau dans la chambre après le départ de sa mère qui s'était mise à proférer des injures à voix basse de peur qu'elles ne parviennent à ses oreilles :

= « — Elle parle de mariée... c'est un mariage de malheur et de regret, il ne manquait plus que celle-là qui joue les mariées dans ma maison. »

Dès que Jalal entra dans la chambre, Layla se leva précipitamment avec un trouble que Jalal remarqua, tandis qu'elle tentait de resserrer les pans du peignoir autour d'elle, jetant des regards autour d'elle avec une peur qui apparut clairement sur son visage, mais il ignora ce trouble et s'avança vers elle avec calme en promenant lentement ses yeux sur elle, ce qui lui fit sentir les battements de son cœur s'accélérer et avec eux sa peur et son effroi envers lui s'accroître, elle tentait de serrer les pans de sa robe de plus en plus fort entre ses poings, Jalal suivit ce geste en soufflant avec agacement et irritation, alors elle eut encore plus peur et serra ses doigts autour de sa robe davantage jusqu'à faillir s'étouffer avec sa robe, et il s'écria vers elle avec impatience :

= « — Ce n'est pas parce que j'ai accepté ce que tu m'as dit hier que tu vas rester comme ça chaque fois que tu me vois. »

Il souffla en tentant de rester calme en voyant sa peur de lui qui dansait dans ses yeux, pour dire après un moment avec douceur et tendresse :

= « — Alors, n'étions-nous pas d'accord que nous devions nous habituer l'un à l'autre et je t'ai donné ma parole, alors pourquoi cette peur que je vois ? »

Elle ne prononça pas un mot mais il remarqua que ses traits se détendirent quelque peu, alors il poursuivit avec calme et pondération :

= « — Que dirais-tu d'aller à la salle de bain te préparer et t'apprêter, ta famille ne va pas tarder à arriver, le temps que le petit déjeuner soit prêt. »

Elle lui fit un signe de tête lentement, les yeux écarquillés de crainte, en se dirigeant vers la salle de bain, mais il tendit la main pour l'arrêter en disant, toujours avec son calme, mais non sans une part d'avertissement et de fermeté :

= « — Layla, ce dont nous avons convenu reste entre toi et moi, personne ne doit le savoir, pas même ta mère ou ta sœur, c'est compris, Layla ? »

Elle hocha de nouveau faiblement la tête, alors il souffla avec impatience et agacement :

= « — Ce n'est pas possible que ta réponse soit toujours comme ça, je veux entendre ta voix. »

Elle se mit à s'humecter les lèvres et à tenter d'avaler sa salive pour atténuer la sécheresse

de sa gorge avant de tenter de lui répondre, si bien que sa voix sortit rauque et tremblante :

= « — D'accord... comme tu voudras. »

Il la regarda avec attention pendant quelques instants avant de lui faire signe de la tête sans un mot, alors Layla se précipita vers la porte de la salle de bain, y entra puis la referma doucement derrière elle, tandis qu'il restait debout à la suivre en silence, le regard aux yeux emplis de mystère, murmurant après sa disparition :

= « — On dirait que tu vas me donner du fil à retordre, fille des Maghrabi. »